mercredi 16 mars 2016

Lettre à mon père ou L'Amour filial inconditionnel ou Vais-je trop loin? ou Entracte 7.1

Avril 2015...
**Correspondance intégrale. Seuls les noms des personnes pouvant être reconnues ont été enlevés par souci de "confidentialité" (on est sur le web, tout de même...)**

Papa: en bleu

Éli: en noir

comment ça va?

chère [Éli],
pardonne-moi d'avoir perturbé le souper de pâques chez [ma soeur].
bien des explications sont inutiles, mais il y avait de l'exaspération de ma part.  ouf!  "la vie n'est pas simple et moi non plus." (citation)

dans un courriel que [ma future ex-blonde] m'a envoyé vendredi, je suis étonné de lire ce qui suit:  << Tu sais, je crois que la grande majorité des humains de cette planète ont une maladie mentale, que ce soit [untel] avec ses déguisements, moi avec mes dépressions, ta fille [aînée] avec ses comportements et le refus de voir ce qu'elle a, ou Éli qui entend parfois des voix, ou encore la rigidité de [unetelle]. >>  (C'est moi qui souligne.)

mises à part les personnes que tu ne connais pas ([untel et unetelle]), est-ce que tu aurais vraiment dit à [ma future ex-blonde] que tu entends parfois des voix?

si c'est le cas, j'aimerais en avoir des preuves!
bon week-end!

[Papa]  xx



Re: comment ça va?

Cher [papa],

Je ne t'en veux pas du tout pour ce qui s'est passé à Pâques. Au contraire, ça m'a permis de comprendre un paquet de trucs. J'ai réalisé à quel point tu souffrais et ça m'a fait de la peine. Je suis inquiète pour toi. J'ai compris aussi que je n'avais aucun pouvoir là-dessus. J'ai compris que toute ma vie, j'avais tenté de pallier à cette souffrance qui était la tienne. J'ai continué de t'aimer et de te défendre quand tout le monde n'en pouvait plus. J'ai voulu être ta vérité, ton garde du corps, ton amie, partager la souffrance que je ressentais chez toi. Tu sais comment les enfants sont sensibles. Je n'acceptais pas le rejet dont tu faisais, selon moi, injustement les frais. Je savais, je sais, que tu es une bonne personne et que tu veux le bien des autres. J'ai compris comment ton esprit avait été tordu dans ta jeunesse au point de percevoir aujourd'hui chaque personne, même les plus proches et le plus sincères, comme d'éventuels assaillants, de t'imaginer qu'on te voulait du mal, qu'on parlait dans ton dos, qu'on désirait te ridiculiser, t'humilier, qu'on te méprisait, qu'on te mentait, qu'on te manipulait, qu'on t'utilisait, etc. Je le sais parce que j'ai suivi tes traces sans le savoir. J'ai vécu la honte toute ma vie, j'ai senti qu'on riait de moi, qu'on m'insultait, qu'on se servait de moi, qu'on me rejetait (et j'en passe) quand au fond, j'étais la première à démontrer un tel mépris. J'ai cru qu'on me voulait du mal, qu'on ne m'aimait pas, gratuitement, comme ça. Mais je ne me rendais pas compte que c'est moi qui attaquais toujours en premier. Je ne me rendais pas compte que mon attitude n'était pas amicale, mais plutôt extrêmement méfiante et agressive, que je me défendais d'attaques qui n'avaient pas eu lieu. Bien sûr, ça n'enlève rien de ce que les autres m'ont fait subir, mais probablement qu'avec une attitude plus bienveillante, j'aurais récolté autre chose. J'ai compris pourquoi je ne m'étais jamais sentie accueillie dans le reste de la famille, que j'avais endossé ton ressenti. Aussi, j'ai compris que ce n'était pas seulement de la paranoïa, car à force de paranoïa, les gens finissent par nous éviter réellement et c'est ce qui s'est passé chez les [Gible], c'est ce que j'ai fait avec une partie de ma vie aussi. J'ai rejeté des gens qui ne le méritaient pas et je me suis fait rejeter à cause de ma paranoïa. Ça fait un bon bout de temps que je travaille là-dessus, alors je vais mieux. Mais en ce week-end de Pâques, tout m'est apparu très très clairement. J'ai compris que je méritais l'amour. Ça m'a même permis de mettre un terme à ma relation ambigüe avec [mon ex]­. J'ai compris que tu n'avais pas encore compris que tu méritais l'amour et c'est ça qui est triste. Quand tu vas arrêter de penser que les gens ne t'aiment pas, il vont commencer à t'aimer et à aller plus vers toi. Je le dis par expérience. Un jour, j'ai pris la décision que tous ceux qui m'entouraient m'aimaient effectivement et que j'arrêtais de toujours aller chercher des preuves, ce qui en général donne de toute façon l'effet contraire. J'ai décidé que si certaines personnes qui m'entouraient ne m'aimaient pas, eh bien ce n'était pas mon problème, mais le leur, et qu'ils n'auraient qu'à partir quand ils comprendraient et que ma valeur n'en serait pas changée. On a ce qu'on mérite, point. Les gens se tannent de se faire dire qu'ils ne nous aiment pas. Ils finissent par ne plus nous aimer à force de ne recevoir que de la méfiance et de l'incrédulité. Fais comme moi, cesse d'aller chercher le mauvais chez les gens qui t'aiment et concentre-toi sur le positif qu'ils t'apportent. Tes relations vont fleurir, j'en suis convaincue. Arrête de répéter le pattern d'avec ta mère, elle est partie, essaie de passer à autre chose. Retourne chercher de l'aide en thérapie s'il le faut, y a aucun mal à ça. Ce genre de blessure ne guérit jamais complètement, mais on peut travailler à ne pas la réouvrir constamment. Je ne suis pas complètement guérie du sentiment de jugement et de rejet, mais je tâche ardemment de ne plus l'écouter. Moins je l'écoute, plus il se tait. Ce qui m'amène aux "voix" dont [ta future ex-blonde] t'as parlé. Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit, mais ça portait à interprétation. J'ai simplement dit qu'occasionnellement, quand je marchais sur la rue et qu'il y avait beaucoup de monde, je percevais des rires et des insultes dans ma direction, que j'avais entendu (et je sais que c'est moi qui déforme la réalité) une madame me traiter de "petite pute" une fois. Je sais que c'est totalement faux et ce n'était pas une voix dans ma tête, c'est le mélange des bruits ambiants que j'allie en insulte à mon égard. Ma petite paranoïa à moi. Mais je n'y crois pas. Je laisse ça aller en me disant que c'est seulement mon imagination et je passe à autre chose.

J'espère que je ne t'ai pas trop emmerdé avec mes histoires et que tu me (te) comprends un peu mieux maintenant. Et dis-toi que quand on se dit que les autres en général ont une mauvaise attitude à notre égard, c'est probablement nous-même qui devons changer la nôtre. C'est ma conclusion psycho-pop quétaine, mais si vraie. Pas le genre de mail auquel tu t'attendais, sûrement, mais c'est ça qui est ça.

Bon week-end à toi, 

Ta fille qui t'aime,

Éli xx



2-3 semaines plus tard...



Re: re: comment ça va?

chère [Éli],
je ne savais pas que tu souhaitais une réponse.  je n'ai pas vu l'acronyme RSVP.
tu me parlais bien de ce message?  c'est ça?
[Papa]  xox



Re: re: re: comment ça va?

Oui je parlais de ce message. Y avait pas d'obligation de réponse, d'ailleurs il n'y en a jamais eu, mais avec le contenu de ce message, j'aurais cru que tu avais peut-être quelque chose à ajouter. Je me trompe peut-être. Cependant, si on ne peut discuter de cela, je ne vois pas de quoi je discuterais avec toi présentement. Je pense qu'il y a des sujets de fond à traiter avant de poursuivre ma relation avec ma famille d'origine. Parce que je ne m'y sens plus bien. Ma mère le sais aussi. Voilà.
Bonsoir.

Éli 



Re: re: re: re: comment ça va?

Éli,

En premier lieu, je l'ai trouvé très complexe, ton message originel.  Ça m'a dérangé... passablement!  Tu me parles de toi en profondeur .  Je sais que la vie a l'air difficile pour toi et je me sens responsable d'une grande part de ces heurts.  (Tant mieux si tu as décidé de laisser [ton ex].  Pourquoi toutes ces contradictions d'ailleurs?)  Maintenant, je peux te dire que je suis inconsolable de ce que j'ai provoqué dans la famille, avec toi, avec [ta soeur], avec ton frère et tes autres soeurs.  Je ne peux pas m'excuser, car je ne peux pas revenir en arrière.  La seule chose que je puisse faire est de te demander ce que je peux faire pour toi!  Et là, tu parles de ta famille d'origine comme si tu en étais exclue.  Ou bien tu veux dire que tu te sens étrangère à cette famille?!?  C'est bien ça?  Grosso modo, je comprends qu'il y a un tas de choses qui ne fonctionnent pas bien, mais nous devons tous les deux continuer de vivre malgré ces difficultés et ces souffrances.  De la manière que chacun peut le faire.  (Je ne veux pas être mal interprété, alors il se peut que je m'exprime mal ici.)  D'abord, du côté de ta mère, il y a des manques évidents dans son comportement et dans ses attitudes.  C'était flagrant lors du souper de ce dimanche [...].  Je veux dire que son attitude est d'être centrée sur elle-même.  Et elle n'en est pas consciente...

Au lieu de simplement répondre à ta "lettre", j'ai été porté à la réflexion.  Ce que j'ai dit et fait chez ma soeur est impardonnable, selon moi.  Et comme je le considère impardonnable, je ne cherche pas à me faire pardonner, ni, donc, à m'excuser.  Vois-tu?  Et je n'ai pas le pouvoir de faire oublier ce que j'ai infligé à [ma future ex-blonde] et à toutes les autres qui étaient là.  [Elle] m'a donné tous les torts, avec raison, et m'a confié, entre autres, que tu t'étais approchée d'elle les larmes aux yeux.  Je le regrette, mais je ne peux pas revenir en arrière.  Par contre, sans minimiser ma propre réaction, j'ai pensé à ceci: personne, je veux dire aucune d'entre vous, n'a cherché à dédramatiser la situation en tentant de sortir de la torpeur, mais plutôt en y entrant de plein gré, en s'y enfonçant encore plus.  Il ne suffisait, pour la situation présente, que de faire cesser la "colère" en faisant "STOP!".  Oui!  C'est la meilleure façon.  Sans se prendre d'une autre colère qui m'appartenait à moi seul, le mieux est de faire silence d'une seule voix.

Je suis incapable de poursuivre en ce moment précis.  Le rhume me reprend et j'ai le nez qui coule sans arrêt.  Nous nous en reparlerons, si tu le veux.

xx  [Papa]



Re: re: re: re: re: comment ça va?

À la fin de ton message originel, tu écris ceci et je te cite : 
 Pas le genre de mail auquel tu t'attendais, sûrement, mais c'est ça qui est ça.

Eh bien, pour te répondre là-dessus, je n'ai ou n'avais aucune attente, c.à.d. que je n'attends pas telle ou telle réplique, tel ou tel comportement pour entendre quelqu'un.  Quand on a des attentes, à mon humble avis, il s'agit d'une forme de contrôle.
Voilà tout.




Re: re: re: re: re: re: comment ça va?

Bon.
Premièrement, je reconnais que je n'ai pas eu la bonne attitude dimanche dans la façon dont je t'ai accueilli et parlé par la suite. J'étais déstabilisée, je ne m'attendais pas à te voir, à vous voir (maman, [ma grande soeur] et toi), et ça m'a refroidie. Je ne m'étais pas préparée psychologiquement. J'étais en colère que tu ne m'aies pas répondu, mais je réalise que j'avais une attente non exprimée et que, de toute façon, je n'avais pas à l'entretenir, puisque, comme tu dis, c'est une forme de contrôle, tu as raison. Tout ce que je voulais au départ, c'était exprimer la douleur que ça me faisait de te voir malheureux et te dire que je te comprenais, du moins je le pense. Bref, je n'avais pas prévue une telle suite.

Je veux dire maintenant que la source de ce que tu as provoqué, comme tu dis, n'est pas ta colère. Ta colère est le résultat de ta souffrance, ta réaction à ce que tu perçois comme des attaques, bref, la conséquence de ta paranoïa. Tu peux passer ta vie à culpabiliser pour cette colère, mais le problème ne sera pas réglé. Et puis, nous sommes des grandes personnes maintenant, nous sommes capables (ou pas) de surmonter nos traumatismes. Ce n'est pas ton repentir qui annulera ce que ta colère aura pu nous faire vivre, mais plutôt un travail personnel sur nous-même, si on décide de le faire. Enfin, la source de ce problème (la colère, la rage) réside en toi. Si tu désires réellement stopper ce genre de réactions de ta part, tu dois fouiller à l'intérieur de toi et trouver la source réelle de cette colère. À quoi réagis-tu? C'est ça, la vraie question. Qu'est-ce qui est menaçant chez les autres? Pourquoi as-tu cette perception? Quel(s) événement(s) a/ont suscité chez toi ce mécanisme de défense? Et finalement, comment parvenir à cesser de te sentir menacé, à briser ce mécanisme?

Et tu dis qu'on n'a qu'à dire STOP... Comme si c'était facile de rester neutre devant tant de rage et de souffrance. Moi j'ai pleuré parce que j'étais inquiète pour toi, parce que j'avais peur que tu finisses par te suicider et aussi parce que tes réactions disproportionnées faisaient souffrir la femme qui était amoureuse de toi et les autres autours. Je pleurais aussi parce que, eh oui, je me sentais coupable, comme si c'était moi qui t'avais mal dompté, comme si j'étais responsable de tes agissements, comme si j'avais omis de prévenir les autres que ça pouvait arriver et que j'avais commis un crime. Ça, ça m'appartient, mais je t'informe de comment je me sens quand tes colères arrivent. Je ne peux pas être calme et intervenir de façon neutre. Je ne peux pas intervenir. Si ta soeur a pogné les nerfs, c'est parce qu'elle aussi s'inquiète et s'est toujours inquiétée pour toi. Elle t'aime, mais elle ne peut pas gérer ça. J'imagine que tu peux comprendre.

Tout ce que je désire, ce n'est pas que tu fasses quoi que ce soit pour moi, mais plutôt que tu fasses quelque chose pour toi. Non, je ne me sens pas exclue ni étrangère de la famille, au contraire, j'essaie justement de m'en détacher à grand peine. Je veux justement me défaire une bonne fois pour toutes de ce mode de vie psychosé. Je veux juste une vie normale. Et tant que je suis proche, tant que j'essaie d'agir sur vous en vain, je ne suis pas heureuse. Et ma mère n'est pas la seule à être centrée sur elle-même. Si tu le reconnais, c'est que tu l'es toi aussi. Mais je ne veux pas faire le procès de quiconque.

Bref, je n'attends pas de réponse suite à ça. J'espère que ta réflexion continue et te mènera vers un peu plus de bonheur. Je ne veux pas me prendre pour ton boss, ni ta mère, ni Dieu, ni rien du tout. Je suis juste ta fille qui observe, qui constate, qui se reconnaît et qui pense qu'elle peut apporter son petit coup de pouce, si évidemment son aide est acceptée. Ceci dit, je m'arrête ici pour cette fois. Je pense avoir dit ce que j'avais à dire et je n'ai pas davantage d'énergie à mettre là-dessus. Mais oui, si tu veux en parler, on en parlera, mais je n'ajouterai rien à cette suite de courriels. Merci de m'avoir lue.

Éli xx




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