dimanche 22 février 2015
Être en amour sans aucun espoir de retour.
Je viens de me comprendre moi-même.
Ce que je prenais pour de la déception perpétuelle n'était en fait qu'un enseignement caché.
Cela nous dit donc d'aimer, de faire le don de soi, sans espérer qu'on nous le retourne.
Aimer est un geste gratuit, volontaire.
Aimer, c'est savoir apprécier et ne rien attendre.
On aime une personne, parce que ça nous plaît de l'aimer, pas parce qu'on désire qu'elle nous donne quelque chose.
On aime une personne, parce que ça nous plaît de la regarder, de la voir grandir et s'épanouir, pas parce qu'on attend de la reconnaissance.
Wow.
C'est tout et ce n'est rien.
C'est juste la vie.
C'est apaisant.
Reste à l'appliquer.
Vous, gens que j'aime et gens que je ne connais pas, je vous aime.
Vous ne l'espérez pas, mais je vous transmets ma gratitude de vous laisser aimer.
Je déborde d'amour et de reconnaissance pour la vie. Pis toutttt.
Être en congé et se sentir emprisonnée.
Peur de la société.
Peur de la solitude.
Les deux.
En alternance.
En simultané.
Congé. Page noire.
Trop de choses à faire.
Trop d'idées pour réfléchir.
Le temps.
Trop de temps.
Vraiment pas assez.
Congé.
samedi 14 février 2015
Se lever tôt pour une fois, mais malgré tout arriver une demi-heure en retard au boulot, anéantie, affamée, en colère, déprimée.
Je me suis encore couchée trop tard hier. Le radio-réveil sonne, 6h55. En fait, il est 6h40, mais comme je suis une retardataire chronique, toutes mes horloges sont en avance, mais pas à la même heure, sauf mon téléphone, parce qu'il faut bien garder contact avec la "réalité" (mais surtout, je ne sais pas comment la changer), ce qui finalement me confond davantage que ne m'aide. Bref, il est 6h55/6h40, mais je ne suis pas certaine, est-ce 15 ou 20 minutes que je lui ai rajouté? La chose la plus drôle, c'est que l'heure sur mon micro-onde n'avance pas au même rythme que l'heure du four. Est-ce le micro-onde qui est trop lent ou le four qui est trop rapide? Tant de questions qui me dévient de mon objectif premier, me lever. Et pourquoi pas un snooze, rien qu'un? Parce que "rien qu'un" n'existe pas et pas seulement en matière de snooze... Psst, c'est là que mon récit devient fictif--je snooze toujours. Je vais donc faire changement aujourd'hui et respecter le "pas du tout" que je m'étais prescrit. Malgré l'angoisse, le long questionnement matinal quotidien (incluant "Quel jour on est?", "Où dois-je me rendre ce matin et à quelle heure(car chaque jour a son horaire respectif, qui change parfois d'une semaine à l'autre--et ne me dites pas de l'inscrire à mon agenda, ça ne fonctionne pas mieux)?", "Non, mais attends, c'est ti la fin de semaine?") et ses réponses, le mal de dos, de cou, de pieds et de genou (droit) incessant, l'espoir que la douche me lavera de tout ça me fait sortir du lit.
Commence alors le vrai défi. Techniquement, j'ai le temps de tout faire et d'être à l'heure, il s'agit de rester focusée (je viens d'apprendre, grâce au correcteur intégré qui m'a souligné en rouge ce mot, que le verbe "focuser" est une faute lexicale venant de l'anglais "to focus on" et devrait plutôt être remplacé par focaliser, centrer, axer, concentrer, insister ou porter son attention sur), pardon, il s'agit de rester... je choisis... concentrée. Concentre-toi Éli. Concentre-toi. Je rince mes pousses (pas que je veuille insister là-dessus, mais il faut le faire deux fois par jour en principe). Je remplis un chaudron d'eau (filtrée) et de quelques morceaux de Chaga (un champignon d'Amérique du sud qui, si je ne me méprends, a un pouvoir anti-oxydant supérieur à tout, est un anti-cancer--et plus--qui maintient l'éveil, le calme et la concentration... pas certaine que ça fonctionne dans mon cas, mais bon) que je mets à frétiller (pas bouillir non non) pour la prochaine demi-heure. Ça donne un breuvage qui se rapproche de la consistance du café, mais sans effet secondaire (du genre tremblement, étourdissement, vertige, mal de tête) et avec plus de propriétés nutritives, accompagné d'une saveur surprenamment (un autre mot usuel techniquement fautif, mais attesté au (Ô) Canada--je choisis de le conserver) bonne. Je remplis d'eau mon pichet filtreur. Je vais à la toilette. DANGER! Ma salle de bain est dans un autre espace-temps, je crois, car j'y passe toujours plus de temps que je ne le perçois. Est-ce le fruit du hasard ou celui d'une obsession-compulsion envahissante? Seuls les extra-terrestres pourront répondre. Par je ne sais trop quel subterfuge (je vous épargne les détails ici, vous en avez eu assez dans "Entrer aux toilettes..."), l'horloge (la même que j'ai regardée avant d'entrer) a avancé d'une demi-heure, comme ça. J'ai été projetée dans le futur, je ne vois pas d'autre explication.
Je commence à être très pressée. Pas de douche prise, pas de repas non plus. Je ne sais même pas comment je vais m'habiller. Il me reste, quoi(!?), vingt minutes avant de mettre le pied dans la porte. Courage. Des fois que j'y parviendrais... Ok, je saute sous la douche, qui s'en veut une courte, mais (encore ici je vous épargne les détails du scan corporel complet avec vérification et revérification et du nettoyage minutieux de chaque millimètre de mon corps jusqu'à la brûlure) qui me vole une autre demi-heure. Je sors, je me sèche, je re-re-revérifie l'état de mon visage, mon dos, mon chakra Muladhara, mes cheveux... C'est long, miroir, pourquoi tu me gardes toujours si près de toi? Il y a pourtant une partie de moi qui s'en fout et trouve ça complètement ridicule d'accorder autant d'importance à l'apparence. Mon boss, en plus, préférerait beaucoup plus me voir arriver mal arrangée et à l'heure que cute et en retard et ça c'est SI il fait vraiment la différence entre une Éli arrangée et une Éli en pyjama, no offense Saïmönne, mais c'est plus fort que moi. Pour aller plus vite, je remets le même kit que la veille, mais je change les boucles d'oreilles et les lunettes pour une illusion parfaite. Dans un pot à yogourt vide, je transvide une portion de salade (que je prépare toujours d'avance pour 3-4 jours, constituée de laitue, roquette, épinards, céleri, concombre, avocat, pousses), à laquelle j'ajoute un oeuf à la coque (fait d'avance également), des graines de chanvres et de tournesol crues, de l'huile d'olive, du sel et du poivre. Je range ladite salade dans mon sac à dos, je verse du Chaga dans une tasse isolante que je mets également dans mon sac, sans oublier ma gourde remplie d'eau [filtrée]. Je suis épouvantablement en retard, quelle horreur, et je me rappelle à cet instant que je ne me suis ni brossé les dents, ni coiffée. J'exécute. Ça frise le ridicule, un retard pareil, et pourtant ça se répète encore et encore. Ce n'est plus seulement gênant, c'est aberrant, inexcusable. Je m'en veux, je suis en colère. J'en veux à la planète entière.
Quand je sors de chez moi, il est déjà l'heure à laquelle j'aurais dû arriver, tout pour me mettre un sourire sur la figure. Qu'il y en ait un, pour voir, qui ose me regarder, il sera foudroyé sur-le-champ par mon regard. Je me rends à l'arrêt de bus. Celui que je dois prendre passe juste comme j'arrive au coin et, malgré mes signaux désespérés à cause du feu de circulation interminable (dans "interminable", il y a le mot "minable", ce que je me dis à ce moment-là du chauffeur dudit bus), ne s'arrête pas. Je devrai attendre un autre 10 minutes dans le froid sibérien. Je patiente donc. Pour passer le temps et me divertir, comme je dois accepter mon terrible retard et mon impuissance face à celui-ci, je mets de la musique dans mes oreilles. Play. Douleur!! J'avais oublié de baisser le son, je viens de recevoir deux coups de marteau simultanés de chaque côté du crâne. Stop. Prise deux. La musique berce mon attente et me transporte dans l'univers de la beauté et du bonheur, mais seulement un bref instant, car mon autobus (MON autobus) arrive. Pas de chance, il est bondé de populace. Je dois me trouver un siège pour pouvoir manger mon déjeûner. Non vraiment, c'est le boutte d'la marde. Je ne peux pas manger. Trop de monde. Prends ton mal en patience Éli, il y a pire que ça dans la vie. Théoriquement, c'est de ta faute Éli, puisque ce n'est pas dans ce bus-là que tu aurais dû être, ni dans le précédent d'ailleurs. Respire. Calme-toi. Laisse-toi remplir de musique. Oublie ce qui t'entoure. Oublie ce qui t'oppresse, la colère, la honte, le ressentiment. Tu ne peux pas changer la réalité. Accepte-la. Fais confiance.
J'arrive au-delà de la demi-heure "acceptable" de retard, anéantie, affamée, irritée et irritable, déprimée. Plein de gens attendent. Oublie la faim Éli, ce n'est plus envisageable de manger avant deux heures. Je me mets à l'ouvrage. La "vraie" journée commence. Ça va mieux. On me sourit. Moi aussi. La vie est belle. Voilà.
jeudi 12 février 2015
Plateau Mont-Royal ou Entracte
Non.
Le Plateau d'il y a trente ans, ce n'est pas le Platô d'aujourd'hui.
Mon quartier, c'était le Plateau de Michel Tremblay.
Le Plateau des BS, le Plateau des crottés, le Plateau des matantes en jaquette qui jasent sur leur balcon en fumant cigarette sur cigarette. Bref, un quartier comme un autre.
Le Plateau de chez Croteau, celui de chez Woolworth, Greenberg, Rossy et j'en passe.
Le Plateau des bineries, le Plateau des tavernes "Bienvenue aux dames".
Le Plateau des orphelins de Duplessis, le Plateau des "de souche", blancs, catholiques.
Y en avait pas des artistes. (Peut-être, mais y étaient pas connus)
Y en avait pas des bars branchés.
Y en avait pas des Français pis des étranges. (Français et tous étranges confondus, je vous aime)
Y en avait pas des condos.
Y en avait pas des riches.
Y en avait pas des BoBos.
Bon.
J'expose la réalité, les faits(?), enfin mes perceptions, ce qui m'appartient.
Ma vie, c'était la paroisse, la messe tous les dimanches en petite robe à fleur et les matantes en fourrure qui sentent le parfum.
(Oui, y en avait des hippies athées, mais on les fréquentait pas.)
Ma vie, c'était la ruelle, les cours d'école après 16h, le parc Lafontaine, la Ronde, le vélo.
(Oui, y en avait des belles petites cours gazonnées, mais on n'avait pas ça.)
Ma vie, c'était la faim, les lunchs décevants dans des sacs en plastique et les autres ricanant.
(Oui, j'aurais pu me les faire toute seule mes lunchs, mais je ne le savais pas.)
Ma vie, c'était l'école, la préparation aux sacrements, les cours de piano classique et le retour à la maison dans la voiture de ma professeure qui fumait dans la voiture ET mâchait de la gomme à la menthe en même temps, quelle horreur.
(Oui, j'aurais pu changer de prof, mais je ne le savais pas.)
Ma vie, c'était la paranoïa, la certitude que les autres ne m'aimaient pas et ma soumission à leur égard.
(Oui, j'aurais dû en parler à mes parents, mais cinq enfants, ça occupe.)
Ma vie, c'était les notes excellentes et la paranoïa qui augmente, les profs qui me chouchoutent et la paranoïa qui s'enflamme.
(Oui, j'aurais pu dire que les compliments me mettaient mal à l'aise, mais mon égo n'était pas d'accord.)
Ma vie, c'était le camp Jeun-Air l'été et un sentiment de liberté qui n'apparaissait que là-bas, deux à quatre semaines par année.
(Oui. Rien à dire de plus.)
Ma vie, c'était une famille dysfonctionnelle, des gens qui souffrent et qui le gèrent mal.
(Oui, je les aimais, je les aime et je les aimerai.)
Ma vie, c'était mon garde-robe et mes pets, mon toutou, mes poupées, la masturbation et la musique, surtout quand ça criait autour.
(Oui, je me masturbais, même si je ne savais pas ce que c'était.)
J'ai appris à fumer, j'ai appris à voler, j'ai appris à souffrir et à me la fermer.
J'ai appris le vélo, j'ai appris la musique, j'ai appris à aimer et à m'évader.
J'ai appris que nager n'est pas un réflexe naturel, après avoir failli me noyer trois fois.
J'ai appris qu'une amie qui essaie de nous tuer n'est pas une vraie amie.
J'ai appris que deux personnes qui s'aiment peuvent ne pas souvent être d'accord, peuvent souvent être en désaccord et s'aimer quand même.
J'ai appris que deux personnes qui s'aiment et qui sont malades (troubles anxieux non diagnostiqués) peuvent être incapables de vivre ensemble et de s'accorder, mais continuer de s'entraider.
J'ai appris que l'amour est plus fort que tout, que l'espoir en vaut le coup, que la persévérance peut nous mener partout.
J'ai appris que de se faire respecter n'est pas une chose qui va de soi, mais qui s'acquiert avec beaucoup de temps et de douleur.
J'ai appris que je pouvais aimer, être blessée, ne plus y croire et aimer encore.
Surtout, j'ai appris que je n'étais vraiment pas la seule à trouver la vie difficile.
Le Plateau, ce n'était pas le Pérou, mais c'était mon nid, des fois piquant, des fois douillet, mais toujours présent.
Merci de m'avoir donné la vie. Merci de m'avoir nourrie. Merci de m'avoir appris.
Je ne regrette rien, je n'ai manqué de rien, je continue mon chemin.
Tiens.
mercredi 11 février 2015
Entrer aux toilettes pour faire pipi et en ressortir deux heures plus tard, exténuée, sans même avoir pissé.
Me dirigeant vers le trône sacré, passant par la cuisine, je m'octroie la tâche de rincer mes pousses de radis et de trèfle rouge. Pourquoi pas, après tout, pendant que j'y pense? Parce que je pourrais oublier, puis m'en vouloir excessivement. Oh, mon pichet d'eau filtrée est presque vide! Remplissons-le, puisque le robinet est déjà ouvert. Ah non, des taches sur la cuisinière! Nettoyons ça tout de suite avant qu'elles ne s'incrustent! Ah, mais pourquoi mes vêtements d'hier sont-ils par terre? Ramassons-les et mettons-les au panier avant qu'ils n'attrapent poussière! (retour au salon--envie d'uriner de plus en plus persistante) Les stores, baissons-les, l'ordinateur et la lumière, allumons-les! Et pourquoi pas un peu de musique pour me détendre? Mon choix d'un CD est interrompu par l'ordinateur qui s'éveille en chantant la mélodieuse intro Windows. Ah oui, je vais vérifier si mes prestations d'assurance-emploi sont rentrées, question de payer mes comptes en retard. J'ouvre Google Chrome. Évidemment, la page d'accueil est Google et en haut à droite, Gmail. Je clique. Messages Facebook, comptes en attentes, courriel de ma thérapeute... Facebook. Je suis foutue. 19h. Toujours pas visité mon lieu de prédilection. Facebook donc. Je réponds à des messages sans importance, sélectionne "Peut-être" sur quelques événements à venir (comme ça mon téléphone va me les rappeler... et je vais les ignorer...) et, erreur, clique sur "Accueil". Je déroule le fil d'actualités. Des blagues, des articles de journaux, des vidéos cocasses défilent devant mes yeux assoiffés d'images et de mots. J'ouvre dans de nouveaux onglets les choses que je veux regarder plus tard et continue ma visite au musée du quotidien. Oh, c'est vrai, je m'étais dit que je ferais la vaisselle ce soir! Oh merde, je n'ai même pas vérifié mon compte de banque! Mais pourquoi donc ai-je ouvert Facebook? Oh je dois absolument écouter le nouvel album de Jean Leloup une douzième fois avant qu'il ne soit plus sur icimusique! Merde, c'est vrai, je voulais écouter un CD tantôt. Ouh là, j'ai de la difficulté à retenir mon envie de pipi. La vaisselle!... Répondre à ce message!... Vérifier mes finances!... Oh et putain, il me faut me nourrir, j'allais complètement oublier ça. Mais c'est que j'ai mal au dos... Je me fais un auto-massage. 20h. J'ai faim, j'ai soif, j'ai besoin d'uriner et maintenant de déféquer, je touche des boutons et autres anormalités que je veux faire disparaître dans mon dos que je masse, j'ai froid, je suis paralysée.
Je dois regarder mon dos dans le miroir, je vais finalement à la salle de bain. 20h30. Je retire mon chandail et je m'installe. Dos au miroir, l'autre miroir dans ma main droite, j'essaie tant bien que mal d'observer les aspérités menaçantes qui habitent ma zone dorsale. Je touche, je gratte, je me contorsionne, je saigne. Je nettoie avec une débarbouillette imbibée d'eau très chaude. Une fois. Deux fois. Trois, quatre, cinq, six fois. Je ne sais plus quand arrêter. Je me fatigue et me repose un peu, assise sur le siège fermé de la cuvette. Ok. J'abandonne. 21h. Je me relève et regarde mon visage dans mon ami le miroir. "Miroir, miroir, dis-moi, qui est la plus belle?" "Certainement pas toi, petite conne, regarde toutes ces peaux sèches, ces boutons et ces cicatrices que tu portes à la figure, sans parler du reste!" "Tu as raison miroir, je vais corriger tout ça." D'accord, j'enlève juste les peaux mortes, le reste, je vais le laisser guérir pendant mon sommeil.... si jamais je finis par me coucher. Peaux mortes enlevées. Points noirs pètés. Gales arrachées. Sang coulé. Oups. J'entame le même processus que pour mon dos avec la débarbouillette, sauf qu'entre chaque passage, je revérifie que tout soit lisse, qu'il n'y ait plus rien à arracher. Ah ha! J'avais manqué une petite gale ici! Ah, et une autre là! Je me rapproche de plus en plus du miroir pour ne plus faire qu'une avec lui. Le temps n'existe plus. Je scanne ma peau point par point et la nettoie et la renettoie frénétiquement. Quoi!? Déjà 22h! Ok un dernier nettoyage et je n'y toucherai plus, de me promettre à moi-même. Bon, juste un autre. Puis un autre. Puis un autre. Bon d'accord, trois autres et on n'en parle plus. Ah non, j'ai des sourcils de travers. Je les arrache. Un autre petit trois nettoyages. Après c'est fini, je l'jure. Ah tiens, je vais revisiter mon dos. Wouache. "Ah que la vie est laide, car je ne suis pas belle, je suis une poubelle." 22h30. Je sors de ma salle d'eau. Je veux mourir. Je n'ai rien fait de ce que j'aurais voulu et je me suis enlaidie en plus. Bon. Plus de salle de bain pour ce soir. Demain est un autre jour, ça ira mieux.
Aaaaaaaaahhhh! C'est vrai, j'avais envie d'un petit pipi, moi. J'y retourne, pas le choix, je ne ferai pas ça dans l'évier de la cuisine tout de même. Je m'assieds sur mon trône de perdante et au lieu de me soulager, je regarde ma coupe à blanc, question de m'assurer que rien n'a repoussé. Oh un petit poil solitaire. Je vais l'arracher. Juste celui-là. Je prends ma pince à sourcil et je l'arrache. De ce fait, j'en vois un autre et puis un autre et puis un autre... Je les arrache tous, je déteste faire le travail à moitié. Je me repose un peu, car j'ai très mal au cou. J'en profite pour vider ma vessie. Finalement. Oh que c'est bon. Comme quoi. Tout vient à point à qui sait attendre. Je rescanne mon entre-jambe, comme pour mon visage plus tôt, afin de m'assurer que je n'ai aucune modification à apporter. J'en avais oublié. À moins qu'ils n'aient poussé pendant que je me délestais de mes fluides urinaires? Peu importe, il faut agir. J'arrache les intrus par dizaines. J'ai mal au cou. Je pleure. Bon j'arrête. Je désinfecte à l'huile de théier (bon contre les poils incarnés--fait ou croyance personnelle?) et je sors de la pièce maudite. 23h55! J'ai toujours aussi faim, mais pas l'envie de cuisiner. Je me fais des rôties. Deux. Quatre. Six. Oui, parce je mange compulsivement après ces scéances éprouvantes. Nutella, fromage, sirop d'érable et bien sûr, toujours beaucoup trop de beurre. C'est bon. J'oublie momentanément mes problèmes.
Je retourne à l'ordinateur. Trop à faire. Trop tard, trop fatiguée. Je DOIS me divertir. C'est bien beau souffrir, se faire souffrir, mais il faut aussi se gâter, pour balancer. Même si je devrais me coucher, j'écoute quelques épisodes de ma série fétiche de l'heure. Je me couche à 3h du matin. Il me reste 4 heures à dormir. Demain sera difficile. Demain je me coucherai plus tôt. Demain, je tâcherai d'être un peu plus mon amie. Demain, c'est aujourd'hui.
dimanche 8 février 2015
Esquisse ou Une chose à la fois (?)
Entrer aux toilettes pour faire pipi et en ressortir deux heures plus tard, exténuée, sans même avoir pissé.
Se gratter le dos à 18h et regarder l'horloge à 2h du matin, souper en moins, vaisselle laissée en plan, livre abandonné ouvert sur le divan, trois ou quatre vidéos sur "pause" à l'écran, joie de vivre loin devant, réveil à 6h tapant.
S'installer à 20h pour regarder un épisode d'une télésérie, finalement commencer à 22h et en écouter cinq.
Se lever tôt pour une fois, mais malgré tout arriver une demi-heure en retard au boulot, anéantie, affamée, en colère, déprimée.
Être en congé et se sentir emprisonnée.
Être en amour sans aucun espoir de retour.
Être libre et avoir peur de tout.
Avoir des projets et n'en mener que très peu jusqu'au bout.
Faire un petit lavage banal pour finir en un ménage intégral.
Prendre une douche en accéléré pour s'en extirper une heure plus tard, vidée, défigurée.
Avoir un petit chagrin bénin pour être la proie d'une angoisse sans fin.
Vouloir faire plaisir et faire souffrir.
Donner de l'affection vécue comme une infection.
Donner de l'espace ressenti comme un abandon.
Donner un conseil entendu comme une condamnation.
Demander "comment ça va?" et endommager une relation.
Vouloir bien faire et faire mal.
Se faire masser et marcher une heure avec un sac à dos trop lourd juste après.
Se regarder dans le miroir et perdre le nord jusqu'au soir.
Broyer du noir, s'en vouloir, tourner tout au cauchemar.
Voir le soleil, avoir une joie sans pareil.
Voir la lune, se sentir en fortune.
Chanter, se sentir vibrer.
Serrer une main, faire confiance.
Recevoir un sourire, vivre une grande reconnaissance.
Recevoir une étreinte, croire en l'amour.
Rendre service, croire en l'humanité.
S'opposer ensemble au supplice, croire à la solidarité.
Agir toujours comme s'il n'y avait aucun lendemain.
Vivre sans détour, se tenir tous main dans la main.
Être.
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