Sur le chemin vers la liberté, il y a une foule d'obstacles à affronter, d'épreuves à surmonter. Mais quand je chante, tout redevient possible. Je vis, je ressens, je m'abandonne. Pourquoi oublie-je cet élément essentiel à ma vie par moment? Je ne veux donc pas croire à mon bonheur? Ou bien est-ce ma simple incroyance que je ne puisse atteindre la plénitude sans traverser le désert? Le paradis n'est mérité qu'après d'immesurables sacrifices, c'est bien connu. Pouet pouet pouet. Difficulté à me concentrer. Impossibilité de l'amour. Jeu du chat et de la souris. Gaspillage du temps. Délire intermittent. Changement de cap constant. Désir ardent. Froideur extrême. Démence et pertes de mémoire. Violence et culpabilité. Don de soi et irrecevabilité.
Je m'illusionne que la vraie vie est à deux, quand au fond c'est simplement mon incapacité de m'offrir à moi-même ce que j'offre aux autres ou ce que je ne me permets de m'offrir que quand j'ai quelqu'un à mes côtés. Mes pensées me fuient. J'ai besoin de me sentir aimée par quelqu'un que j'aime également. Il est très important pour moi que les gens reconnaissent mon intelligence dès la première rencontre. Non: je voudrais que les gens soient subjugués sur-le-champ par mon intelligence incomparable dès la première rencontre et qu'ils me le manifestent. Je suis borderline. J'ai tellement besoin d'amour et de reconnaissance. Je me sens tellement conne par moments. Je me sens si vide si souvent. Quand parfois, à l'opposé, je me sens si puissante que je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas cette grande sage vers qui on accourt pour en entendre les conseils. Trop intelligente, pas assez. Trop gentille, tellement pas assez. Paresseuse. Procrastinatrice. Égoïste. Stupide. Laide. Méchante. Viscieuse. Pute!
Je cherche ma Mère partout, car celle que j'ai m'a déçue (no offense, mom). Je n'arrive pas à l'accepter telle qu'elle est (remplacez le "l'" et le "elle" par "me" et "je", and so on), avec ses forces et ses faiblesses. Avec sa souffrance et son impuissance. Je n'arrive pas à accepter que ma recherche et mes attentes sont vaines. Je cherche ma Mère dans tout: l'alcool, la nourriture, les compulsions, la drogue parfois, le chant (!), le drame aussi, l'amitié, les relations amoureuses (dysfonctionnelles, il va sans dire), le sexe ou toute autre forme de dépendance. La Mère, c'est la sécurité, le réconfort, l'amour inconditionnel, la protection. La mienne a réellement fait tous les efforts qu'elle pouvait, avec ses capacités et son bagage, pour être une bonne mère (merci maman, by the way). Mais malgré tout, petite, et encore aujourd'hui, je ne me sentais pas en sécurité (maman, tu étais trop occupée à t'occuper de ton plus accaparant enfant, mon père, et à ne pas voir ce que me faisait subir ma grande soeur). C'est ainsi que je l'ai vécu. Je me sens constamment agressée ou envahie ou en danger d'agression. J'anticipe tellement que je riposte avant même d'avoir été attaquée (comme mon père). J'imagine un immense complot contre moi, que tout le monde sais qui je suis et ce que je fais quand je suis seule chez moi et qu'ils rient de moi (pas tout le temps quand même, ça m'arrive d'être heureuse, vous savez). Quand quelqu'un rit sur mon passage, c'est inévitablement de moi qu'il rit. Quand deux personnes chuchotent, c'est pour médire à mon propos. C'est dire comment mon égo occupe une place démesurée. Je me sens sale, coupable et indigne de l'amour des autres, que ma présence sur terre est insignifiante (ce qui, à l'échelle universelle, n'est pas faux) et que je devrais mourir pour laisser plus de place à d'autres (in)signifiants.
Nous ne sommes que des machines à caca, avouons-le. Caca, certes, mais caca créatif, à l'occasion. La musique est une foutue belle merde (merci maman et papa pour la musique). Le fait que notre propre corps puisse en générer est probablement la plus grande merveille de l'humanité. C'est ultra écologique par-dessus le marché. Le chant, et tout autre type de musique corporelle, ne requiert aucun outil, aucun vêtement, aucun bâtiment, ni rien. C'est juste un Homo-machin qui produit des sons. Fascinant(!!), dirait Charles Tisseyre. Alors pourquoi donc m'en priverais-je? Pourquoi m'en suis-je privée si longtemps? Chanter, c'est prier deux fois, qu'ils disent, les chrétiens (merci maman pour les belles valeurs). Chanter, c'est devenir le canal qui relie le ciel et la terre, le visible et l'invisible, le concret et l'abstrait. Chanter, c'est s'harmoniser avec l'univers, le laisser faire son œuvre. Chanter, c'est réveiller le Soleil, c'est devenir lumière. Chanter...
Je sens qu'il n'y aura aucune conclusion à ce texte. Alors, je conclus. Maintenant!