mercredi 22 juin 2016

Recevoir un sourire, vivre une grande reconnaissance.

En tout cas, la personne qui va acheter l'emplacement à suicide ne fera pas d'argent avec moi. Si je tombe là, ce sera parce que l'on m'y aura poussée. J'ai un grand chagrin de vous l'annoncer, mais ma mort, je ne l'aurai pas provoquée. Il reste toujours trop de beaux moments à vivre et comme je remets toujours tout au lendemain, je n'ai pas fini de remettre le jour où la grande faucheuse me prendra. Vous pouvez dormir comme des loires ou des bûches sur vos deux oreilles les poings fermés. Tout est dit et il reste toujours quelque chose à dire.

Les gens semblent déceler chez moi quelque chose que je ne perçois pas encore. Même quand j'affiche mon plus bel air de boeuf, on me sourit toujours. Pourquoi? Dur à dire. On dirait que l'amour d'eau truies m'est tout à fait inconditionnel.


Comme hier, par exemple. Qui a dit qu'une rupture se devait d'être triste? C'était grandiose, flamboyant. Pas un grand drame déchirant. Enfin juste un peu. Beaucoup. Mais rempli de considération. Me faire laisser comme ça, n'importe quand. On recommence, ok? Laisse-moi encore. C'était bon. C'était doux. C'était puissant. Elle ne sait pas ce qu'elle manque, elle. J'ai le meilleur des deux monde. La liberté et la passion. Je trippe. Je flotte sur un petit nuage. Je vole. De la maudite bonne drogue. Mieux qu'une déclaration d'amour. Une déclaration de respect. De regret du manque de synchronicité. C'est pas beau ça?

Comme aujourd'hui, aussi. Les bonnes nouvelles qui n'arrêtent pas. De la musique, des amis, des vacances qui s'en viennent. Du chant, du chant et encore du chant. Des gens que j'aime qui m'aiment. Je suis nourrie, choyée, comblée.

Qui a dit que le malheur seul faisait l'encre couler? Bon ce n'est peut-être pas aussi profond et intéressant, je l'admets, mais.

J'aime la vie, la vie m'aime.

C'est tout.



Suis-je juste une fille ou suis-je folle?

samedi 2 avril 2016

Fiction no 2 ou Entracte 8.2

Emplacement à suicide à vendre (avec revenu)
Ce lieu historique a recueilli les corps de nombreux membres de l'équipage de Jacques Cartier lors de sa première visite en Amérique.

Très bien situé. Près de toutes les commodités. Certifié éco-responsable, biologique et équitable. Si panique, ambulance sur place en 2 minutes. Revenu minimum garanti: 500$/mois (minimum 100$/suicidé). 200 000$, ferme. Formations Inciter au suicide, Achever un semi-noyé et Repêcher un cadavre incluses.

Faites vite. Appelez sans frais au: 

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Fiction no 1 ou Entracte 8.1


Yasmina déambule seule sur le bord de la rivière. Des milliers d'idées se bousculent dans sa tête et le soleil les réchauffe, puis les calcine. Au même moment, Samuel, en compagnie de son fils Grégoire, passe tout près d'elle en direction contraire. Leurs regards se croisent. Ils ne se connaissent pas, mais ils se trouvent beaux et reconnaissent le manque d'amour qui les habite dans les yeux de l'autre. Les deux rebroussent chemin et entament immédiatement la conversation.
Au fil de leur échange, ils se rendent à l'évidence qu'ils sont faits l'un pour l'autre et décident d'emménager ensemble le mois suivant. En un rien de temps, chacun trouve un locataire pour son appartement et ils se dénichent un nid d'amour fidèle en tous points à leurs aspirations.
Le jour du déménagement, Yasmina demande à Samuel la raison de l'absence de la mère de Grégoire. Samuel lui répond qu'elle est décédée. Yasmina se confond en excuses. Samuel dit que ça va, ce n'est pas grave, puisque c'est lui-même qui l'a tuée. Yasmina, soulagée, dit que c'est tant mieux, que comme ça elle est certaine de ne jamais l'entendre répéter qu'il se sent coupable.

Et c'est dans ce parfait bonheur qu'ils vivront éternellement dans le respect et l'amour et n'auront aucun enfant.


Fin.

Apologie de l'épistolat ou L'impasse relationnelle ou Entracte 8

J'ai un ami à qui j'écris.
Parfois il me répond.

Quand on se voit, on fait du vent.
On n'est plus nous-mêmes.
On échange du vide.
On se fait violence.

Par écrit, je lui dis des choses énormes.
Il me rend la pareille à l'occasion.

Quand on se voit, on s'évite.
On fait semblant que tout va bien.
On se contourne.
On se dérobe.

L'épistolat nous réunit.
La réunion nous sépare.

Quand je lui écris. je me livre.
Il regarde la couverture.
Il évalue le style.
Il dit même que j'ai du talent.

Devant une bière, tout ça n'existe pas.
Devant un scotch, je suis au bout de mon sang.

Je ne sais pas ce qu'il pense de mes confessions.
Je n'ose plus lui demander de contribution.
Il me dit que je devrais faire dans la fiction.
Il dit que ce serait bon.

Ok...

mercredi 30 mars 2016

Serrer une main, faire confiance.

Qui peut se dire à l'abri de commettre un crime?

Qui n'a jamais été en colère au point d'avoir des idées violentes?

Qui n'a jamais aimé toucher la douce peau d'un enfant?

Qui n'a jamais eu envie de donner un coup de pied dans un être vivant sur son chemin (oiseau, chien, écureuil ou autre) pour le voir s'écraser plus loin?

Qui n'a jamais eu l'idée de mettre un petit objet dans sa poche au magasin, juste pour se sentir au-dessus des lois pendant un instant?

Qui n'a jamais fait quelque chose d'interdit pendant que personne ne regardait?

Qui n'a jamais souhaité sa propre mort ou celle de quelqu'un?

Qui n'a jamais ressenti de plaisir en assistant à une agression (cinématographique, théâtrale, réelle), quelle qu'elle soit?

S'il y en a, tant mieux, le monde est moins pervers que je ne me l'imagine.

Mais pas moi.

J'ai voulu tuer, voir mourir.
J'ai frappé, voulu faire mal.
J'ai trompé.
J'ai menti.
J'ai volé.
J'ai agressé mentalement, physiquement, verbalement, sexuellement, réellement, virtuellement.
J'ai attenté à ma vie.
J'ai eu du plaisir à voir souffrir.
J'ai juré.
J'ai maudit.
J'ai détruit.

Est-ce que ça me définit?

Suis-je une mauvaise personne?

Ai-je changé depuis hier?

Devriez-vous arrêter de m'aimer, de me considérer?

J'ai pourtant aimé.
J'ai voulu rendre des personnes heureuses.
J'ai aidé.
J'ai donné.
J'ai partagé.
J'ai voulu changer des choses pour le mieux.
J'ai fait du bien.
J'ai réfléchi.
J'ai créé.
J'ai construit.

Est-ce que tout ça s'annule si j'ai fait du mal?

Est-ce que l'amour cesse d'exister pour une action mauvaise?

Est-ce que l'art est moins valable si l'artiste a mal agi?

Il reste encore une infinité de personnes qui me feront confiance, une infinité de gens à qui je tendrai la main et en qui j'aurai confiance.

mercredi 16 mars 2016

Lettre à mon père ou L'Amour filial inconditionnel ou Vais-je trop loin? ou Entracte 7.1

Avril 2015...
**Correspondance intégrale. Seuls les noms des personnes pouvant être reconnues ont été enlevés par souci de "confidentialité" (on est sur le web, tout de même...)**

Papa: en bleu

Éli: en noir

comment ça va?

chère [Éli],
pardonne-moi d'avoir perturbé le souper de pâques chez [ma soeur].
bien des explications sont inutiles, mais il y avait de l'exaspération de ma part.  ouf!  "la vie n'est pas simple et moi non plus." (citation)

dans un courriel que [ma future ex-blonde] m'a envoyé vendredi, je suis étonné de lire ce qui suit:  << Tu sais, je crois que la grande majorité des humains de cette planète ont une maladie mentale, que ce soit [untel] avec ses déguisements, moi avec mes dépressions, ta fille [aînée] avec ses comportements et le refus de voir ce qu'elle a, ou Éli qui entend parfois des voix, ou encore la rigidité de [unetelle]. >>  (C'est moi qui souligne.)

mises à part les personnes que tu ne connais pas ([untel et unetelle]), est-ce que tu aurais vraiment dit à [ma future ex-blonde] que tu entends parfois des voix?

si c'est le cas, j'aimerais en avoir des preuves!
bon week-end!

[Papa]  xx



Re: comment ça va?

Cher [papa],

Je ne t'en veux pas du tout pour ce qui s'est passé à Pâques. Au contraire, ça m'a permis de comprendre un paquet de trucs. J'ai réalisé à quel point tu souffrais et ça m'a fait de la peine. Je suis inquiète pour toi. J'ai compris aussi que je n'avais aucun pouvoir là-dessus. J'ai compris que toute ma vie, j'avais tenté de pallier à cette souffrance qui était la tienne. J'ai continué de t'aimer et de te défendre quand tout le monde n'en pouvait plus. J'ai voulu être ta vérité, ton garde du corps, ton amie, partager la souffrance que je ressentais chez toi. Tu sais comment les enfants sont sensibles. Je n'acceptais pas le rejet dont tu faisais, selon moi, injustement les frais. Je savais, je sais, que tu es une bonne personne et que tu veux le bien des autres. J'ai compris comment ton esprit avait été tordu dans ta jeunesse au point de percevoir aujourd'hui chaque personne, même les plus proches et le plus sincères, comme d'éventuels assaillants, de t'imaginer qu'on te voulait du mal, qu'on parlait dans ton dos, qu'on désirait te ridiculiser, t'humilier, qu'on te méprisait, qu'on te mentait, qu'on te manipulait, qu'on t'utilisait, etc. Je le sais parce que j'ai suivi tes traces sans le savoir. J'ai vécu la honte toute ma vie, j'ai senti qu'on riait de moi, qu'on m'insultait, qu'on se servait de moi, qu'on me rejetait (et j'en passe) quand au fond, j'étais la première à démontrer un tel mépris. J'ai cru qu'on me voulait du mal, qu'on ne m'aimait pas, gratuitement, comme ça. Mais je ne me rendais pas compte que c'est moi qui attaquais toujours en premier. Je ne me rendais pas compte que mon attitude n'était pas amicale, mais plutôt extrêmement méfiante et agressive, que je me défendais d'attaques qui n'avaient pas eu lieu. Bien sûr, ça n'enlève rien de ce que les autres m'ont fait subir, mais probablement qu'avec une attitude plus bienveillante, j'aurais récolté autre chose. J'ai compris pourquoi je ne m'étais jamais sentie accueillie dans le reste de la famille, que j'avais endossé ton ressenti. Aussi, j'ai compris que ce n'était pas seulement de la paranoïa, car à force de paranoïa, les gens finissent par nous éviter réellement et c'est ce qui s'est passé chez les [Gible], c'est ce que j'ai fait avec une partie de ma vie aussi. J'ai rejeté des gens qui ne le méritaient pas et je me suis fait rejeter à cause de ma paranoïa. Ça fait un bon bout de temps que je travaille là-dessus, alors je vais mieux. Mais en ce week-end de Pâques, tout m'est apparu très très clairement. J'ai compris que je méritais l'amour. Ça m'a même permis de mettre un terme à ma relation ambigüe avec [mon ex]­. J'ai compris que tu n'avais pas encore compris que tu méritais l'amour et c'est ça qui est triste. Quand tu vas arrêter de penser que les gens ne t'aiment pas, il vont commencer à t'aimer et à aller plus vers toi. Je le dis par expérience. Un jour, j'ai pris la décision que tous ceux qui m'entouraient m'aimaient effectivement et que j'arrêtais de toujours aller chercher des preuves, ce qui en général donne de toute façon l'effet contraire. J'ai décidé que si certaines personnes qui m'entouraient ne m'aimaient pas, eh bien ce n'était pas mon problème, mais le leur, et qu'ils n'auraient qu'à partir quand ils comprendraient et que ma valeur n'en serait pas changée. On a ce qu'on mérite, point. Les gens se tannent de se faire dire qu'ils ne nous aiment pas. Ils finissent par ne plus nous aimer à force de ne recevoir que de la méfiance et de l'incrédulité. Fais comme moi, cesse d'aller chercher le mauvais chez les gens qui t'aiment et concentre-toi sur le positif qu'ils t'apportent. Tes relations vont fleurir, j'en suis convaincue. Arrête de répéter le pattern d'avec ta mère, elle est partie, essaie de passer à autre chose. Retourne chercher de l'aide en thérapie s'il le faut, y a aucun mal à ça. Ce genre de blessure ne guérit jamais complètement, mais on peut travailler à ne pas la réouvrir constamment. Je ne suis pas complètement guérie du sentiment de jugement et de rejet, mais je tâche ardemment de ne plus l'écouter. Moins je l'écoute, plus il se tait. Ce qui m'amène aux "voix" dont [ta future ex-blonde] t'as parlé. Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit, mais ça portait à interprétation. J'ai simplement dit qu'occasionnellement, quand je marchais sur la rue et qu'il y avait beaucoup de monde, je percevais des rires et des insultes dans ma direction, que j'avais entendu (et je sais que c'est moi qui déforme la réalité) une madame me traiter de "petite pute" une fois. Je sais que c'est totalement faux et ce n'était pas une voix dans ma tête, c'est le mélange des bruits ambiants que j'allie en insulte à mon égard. Ma petite paranoïa à moi. Mais je n'y crois pas. Je laisse ça aller en me disant que c'est seulement mon imagination et je passe à autre chose.

J'espère que je ne t'ai pas trop emmerdé avec mes histoires et que tu me (te) comprends un peu mieux maintenant. Et dis-toi que quand on se dit que les autres en général ont une mauvaise attitude à notre égard, c'est probablement nous-même qui devons changer la nôtre. C'est ma conclusion psycho-pop quétaine, mais si vraie. Pas le genre de mail auquel tu t'attendais, sûrement, mais c'est ça qui est ça.

Bon week-end à toi, 

Ta fille qui t'aime,

Éli xx



2-3 semaines plus tard...



Re: re: comment ça va?

chère [Éli],
je ne savais pas que tu souhaitais une réponse.  je n'ai pas vu l'acronyme RSVP.
tu me parlais bien de ce message?  c'est ça?
[Papa]  xox



Re: re: re: comment ça va?

Oui je parlais de ce message. Y avait pas d'obligation de réponse, d'ailleurs il n'y en a jamais eu, mais avec le contenu de ce message, j'aurais cru que tu avais peut-être quelque chose à ajouter. Je me trompe peut-être. Cependant, si on ne peut discuter de cela, je ne vois pas de quoi je discuterais avec toi présentement. Je pense qu'il y a des sujets de fond à traiter avant de poursuivre ma relation avec ma famille d'origine. Parce que je ne m'y sens plus bien. Ma mère le sais aussi. Voilà.
Bonsoir.

Éli 



Re: re: re: re: comment ça va?

Éli,

En premier lieu, je l'ai trouvé très complexe, ton message originel.  Ça m'a dérangé... passablement!  Tu me parles de toi en profondeur .  Je sais que la vie a l'air difficile pour toi et je me sens responsable d'une grande part de ces heurts.  (Tant mieux si tu as décidé de laisser [ton ex].  Pourquoi toutes ces contradictions d'ailleurs?)  Maintenant, je peux te dire que je suis inconsolable de ce que j'ai provoqué dans la famille, avec toi, avec [ta soeur], avec ton frère et tes autres soeurs.  Je ne peux pas m'excuser, car je ne peux pas revenir en arrière.  La seule chose que je puisse faire est de te demander ce que je peux faire pour toi!  Et là, tu parles de ta famille d'origine comme si tu en étais exclue.  Ou bien tu veux dire que tu te sens étrangère à cette famille?!?  C'est bien ça?  Grosso modo, je comprends qu'il y a un tas de choses qui ne fonctionnent pas bien, mais nous devons tous les deux continuer de vivre malgré ces difficultés et ces souffrances.  De la manière que chacun peut le faire.  (Je ne veux pas être mal interprété, alors il se peut que je m'exprime mal ici.)  D'abord, du côté de ta mère, il y a des manques évidents dans son comportement et dans ses attitudes.  C'était flagrant lors du souper de ce dimanche [...].  Je veux dire que son attitude est d'être centrée sur elle-même.  Et elle n'en est pas consciente...

Au lieu de simplement répondre à ta "lettre", j'ai été porté à la réflexion.  Ce que j'ai dit et fait chez ma soeur est impardonnable, selon moi.  Et comme je le considère impardonnable, je ne cherche pas à me faire pardonner, ni, donc, à m'excuser.  Vois-tu?  Et je n'ai pas le pouvoir de faire oublier ce que j'ai infligé à [ma future ex-blonde] et à toutes les autres qui étaient là.  [Elle] m'a donné tous les torts, avec raison, et m'a confié, entre autres, que tu t'étais approchée d'elle les larmes aux yeux.  Je le regrette, mais je ne peux pas revenir en arrière.  Par contre, sans minimiser ma propre réaction, j'ai pensé à ceci: personne, je veux dire aucune d'entre vous, n'a cherché à dédramatiser la situation en tentant de sortir de la torpeur, mais plutôt en y entrant de plein gré, en s'y enfonçant encore plus.  Il ne suffisait, pour la situation présente, que de faire cesser la "colère" en faisant "STOP!".  Oui!  C'est la meilleure façon.  Sans se prendre d'une autre colère qui m'appartenait à moi seul, le mieux est de faire silence d'une seule voix.

Je suis incapable de poursuivre en ce moment précis.  Le rhume me reprend et j'ai le nez qui coule sans arrêt.  Nous nous en reparlerons, si tu le veux.

xx  [Papa]



Re: re: re: re: re: comment ça va?

À la fin de ton message originel, tu écris ceci et je te cite : 
 Pas le genre de mail auquel tu t'attendais, sûrement, mais c'est ça qui est ça.

Eh bien, pour te répondre là-dessus, je n'ai ou n'avais aucune attente, c.à.d. que je n'attends pas telle ou telle réplique, tel ou tel comportement pour entendre quelqu'un.  Quand on a des attentes, à mon humble avis, il s'agit d'une forme de contrôle.
Voilà tout.




Re: re: re: re: re: re: comment ça va?

Bon.
Premièrement, je reconnais que je n'ai pas eu la bonne attitude dimanche dans la façon dont je t'ai accueilli et parlé par la suite. J'étais déstabilisée, je ne m'attendais pas à te voir, à vous voir (maman, [ma grande soeur] et toi), et ça m'a refroidie. Je ne m'étais pas préparée psychologiquement. J'étais en colère que tu ne m'aies pas répondu, mais je réalise que j'avais une attente non exprimée et que, de toute façon, je n'avais pas à l'entretenir, puisque, comme tu dis, c'est une forme de contrôle, tu as raison. Tout ce que je voulais au départ, c'était exprimer la douleur que ça me faisait de te voir malheureux et te dire que je te comprenais, du moins je le pense. Bref, je n'avais pas prévue une telle suite.

Je veux dire maintenant que la source de ce que tu as provoqué, comme tu dis, n'est pas ta colère. Ta colère est le résultat de ta souffrance, ta réaction à ce que tu perçois comme des attaques, bref, la conséquence de ta paranoïa. Tu peux passer ta vie à culpabiliser pour cette colère, mais le problème ne sera pas réglé. Et puis, nous sommes des grandes personnes maintenant, nous sommes capables (ou pas) de surmonter nos traumatismes. Ce n'est pas ton repentir qui annulera ce que ta colère aura pu nous faire vivre, mais plutôt un travail personnel sur nous-même, si on décide de le faire. Enfin, la source de ce problème (la colère, la rage) réside en toi. Si tu désires réellement stopper ce genre de réactions de ta part, tu dois fouiller à l'intérieur de toi et trouver la source réelle de cette colère. À quoi réagis-tu? C'est ça, la vraie question. Qu'est-ce qui est menaçant chez les autres? Pourquoi as-tu cette perception? Quel(s) événement(s) a/ont suscité chez toi ce mécanisme de défense? Et finalement, comment parvenir à cesser de te sentir menacé, à briser ce mécanisme?

Et tu dis qu'on n'a qu'à dire STOP... Comme si c'était facile de rester neutre devant tant de rage et de souffrance. Moi j'ai pleuré parce que j'étais inquiète pour toi, parce que j'avais peur que tu finisses par te suicider et aussi parce que tes réactions disproportionnées faisaient souffrir la femme qui était amoureuse de toi et les autres autours. Je pleurais aussi parce que, eh oui, je me sentais coupable, comme si c'était moi qui t'avais mal dompté, comme si j'étais responsable de tes agissements, comme si j'avais omis de prévenir les autres que ça pouvait arriver et que j'avais commis un crime. Ça, ça m'appartient, mais je t'informe de comment je me sens quand tes colères arrivent. Je ne peux pas être calme et intervenir de façon neutre. Je ne peux pas intervenir. Si ta soeur a pogné les nerfs, c'est parce qu'elle aussi s'inquiète et s'est toujours inquiétée pour toi. Elle t'aime, mais elle ne peut pas gérer ça. J'imagine que tu peux comprendre.

Tout ce que je désire, ce n'est pas que tu fasses quoi que ce soit pour moi, mais plutôt que tu fasses quelque chose pour toi. Non, je ne me sens pas exclue ni étrangère de la famille, au contraire, j'essaie justement de m'en détacher à grand peine. Je veux justement me défaire une bonne fois pour toutes de ce mode de vie psychosé. Je veux juste une vie normale. Et tant que je suis proche, tant que j'essaie d'agir sur vous en vain, je ne suis pas heureuse. Et ma mère n'est pas la seule à être centrée sur elle-même. Si tu le reconnais, c'est que tu l'es toi aussi. Mais je ne veux pas faire le procès de quiconque.

Bref, je n'attends pas de réponse suite à ça. J'espère que ta réflexion continue et te mènera vers un peu plus de bonheur. Je ne veux pas me prendre pour ton boss, ni ta mère, ni Dieu, ni rien du tout. Je suis juste ta fille qui observe, qui constate, qui se reconnaît et qui pense qu'elle peut apporter son petit coup de pouce, si évidemment son aide est acceptée. Ceci dit, je m'arrête ici pour cette fois. Je pense avoir dit ce que j'avais à dire et je n'ai pas davantage d'énergie à mettre là-dessus. Mais oui, si tu veux en parler, on en parlera, mais je n'ajouterai rien à cette suite de courriels. Merci de m'avoir lue.

Éli xx




samedi 12 mars 2016

Je ne conclus pas, je pourclus ou Le bonheur est si fragile ou Entracte 7

Pourclure...
Pour clore.
Je pourclos?
Je pourchasse.
Pour chasser quoi?
Pourquoi chasser?
Pour ne pas élever.
Surtout ne pas sous-entendre.
Soulève-toi.
Élève soûl.
Soulitude.

Solitude.

La solitude me pèse.
Celle des autres encore plus.

Je veux être aimée.
Je veux aimer être.
Être ce que je veux.
Vouloir ce que je suis.
Me garder à l'oeil.
Me libérer de tout ce que je ne suis pas.
Rester bienveillante pour les autres.
Mais surtout pour moi.
Des instants de soleil
Illuminent ma pénombre.
Pourquoi ce qui m'apparaît merveille
Redevient sans cesse triste et sombre?
N'y a-t-il pas une fin
À ce labyrinthe qui me retient?

Toujours regarder.
Toujours écouter.
Recompter.
Raconter.
Dire la vérité.
Ne rien cacher.
Ne pas ménager.
Revérifier.
Se relire et réécrire.
Se servir.
Ne pas se salir.
Réfléchir.
Penser.
Ne rien oublier.
Surtout ne pas oublier.
Les gens.
Les choses.
À faire.
À dire.
Les gestes.
Réviser.
Se raviser.

Mon visage.
Mes cheveux.
Ma peau.
De quoi j'ai l'air?
Suis-je sortable?
Présentable?
Exécrable?
Mieux vaut une punition de trop
Qu'une punition oubliée.
Non.
Ce soir tu restes à la maison.
Tu n'as pas fait tes devoirs!
Fille ingrate.
Ingrate, salope et sans-coeur.
Culpabilité.
On verra demain.


On verra demain.

mardi 5 janvier 2016

Chanter, se sentir vibrer.

Sur le chemin vers la liberté, il y a une foule d'obstacles à affronter, d'épreuves à surmonter. Mais quand je chante, tout redevient possible. Je vis, je ressens, je m'abandonne. Pourquoi oublie-je cet élément essentiel à ma vie par moment? Je ne veux donc pas croire à mon bonheur? Ou bien est-ce ma simple incroyance que je ne puisse atteindre la plénitude sans traverser le désert? Le paradis n'est mérité qu'après d'immesurables sacrifices, c'est bien connu. Pouet pouet pouet. Difficulté à me concentrer. Impossibilité de l'amour. Jeu du chat et de la souris. Gaspillage du temps. Délire intermittent. Changement de cap constant. Désir ardent. Froideur extrême. Démence et pertes de mémoire. Violence et culpabilité. Don de soi et irrecevabilité.

Je m'illusionne que la vraie vie est à deux, quand au fond c'est simplement mon incapacité de m'offrir à moi-même ce que j'offre aux autres ou ce que je ne me permets de m'offrir que quand j'ai quelqu'un à mes côtés. Mes pensées me fuient. J'ai besoin de me sentir aimée par quelqu'un que j'aime également. Il est très important pour moi que les gens reconnaissent mon intelligence dès la première rencontre. Non: je voudrais que les gens soient subjugués sur-le-champ par mon intelligence incomparable dès la première rencontre et qu'ils me le manifestent. Je suis borderline. J'ai tellement besoin d'amour et de reconnaissance. Je me sens tellement conne par moments. Je me sens si vide si souvent. Quand parfois, à l'opposé, je me sens si puissante que je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas cette grande sage vers qui on accourt pour en entendre les conseils. Trop intelligente, pas assez. Trop gentille, tellement pas assez. Paresseuse. Procrastinatrice. Égoïste. Stupide. Laide. Méchante. Viscieuse. Pute!

Je cherche ma Mère partout, car celle que j'ai m'a déçue (no offense, mom). Je n'arrive pas à l'accepter telle qu'elle est (remplacez le "l'" et le "elle" par "me" et "je", and so on), avec ses forces et ses faiblesses. Avec sa souffrance et son impuissance. Je n'arrive pas à accepter que ma recherche et mes attentes sont vaines. Je cherche ma Mère dans tout: l'alcool, la nourriture, les compulsions, la drogue parfois, le chant (!), le drame aussi, l'amitié, les relations amoureuses (dysfonctionnelles, il va sans dire), le sexe ou toute autre forme de dépendance. La Mère, c'est la sécurité, le réconfort, l'amour inconditionnel, la protection. La mienne a réellement fait tous les efforts qu'elle pouvait, avec ses capacités et son bagage, pour être une bonne mère (merci maman, by the way). Mais malgré tout, petite, et encore aujourd'hui, je ne me sentais pas en sécurité (maman, tu étais trop occupée à t'occuper de ton plus accaparant enfant, mon père, et à ne pas voir ce que me faisait subir ma grande soeur). C'est ainsi que je l'ai vécu. Je me sens constamment agressée ou envahie ou en danger d'agression. J'anticipe tellement que je riposte avant même d'avoir été attaquée (comme mon père). J'imagine un immense complot contre moi, que tout le monde sais qui je suis et ce que je fais quand je suis seule chez moi et qu'ils rient de moi (pas tout le temps quand même, ça m'arrive d'être heureuse, vous savez). Quand quelqu'un rit sur mon passage, c'est inévitablement de moi qu'il rit. Quand deux personnes chuchotent, c'est pour médire à mon propos. C'est dire comment mon égo occupe une place démesurée. Je me sens sale, coupable et indigne de l'amour des autres, que ma présence sur terre est insignifiante (ce qui, à l'échelle universelle, n'est pas faux) et que je devrais mourir pour laisser plus de place à d'autres (in)signifiants.

Nous ne sommes que des machines à caca, avouons-le. Caca, certes, mais caca créatif, à l'occasion. La musique est une foutue belle merde (merci maman et papa pour la musique). Le fait que notre propre corps puisse en générer est probablement la plus grande merveille de l'humanité. C'est ultra écologique par-dessus le marché. Le chant, et tout autre type de musique corporelle, ne requiert aucun outil, aucun vêtement, aucun bâtiment, ni rien. C'est juste un Homo-machin qui produit des sons. Fascinant(!!), dirait Charles Tisseyre. Alors pourquoi donc m'en priverais-je? Pourquoi m'en suis-je privée si longtemps? Chanter, c'est prier deux fois, qu'ils disent, les chrétiens (merci maman pour les belles valeurs). Chanter, c'est devenir le canal qui relie le ciel et la terre, le visible et l'invisible, le concret et l'abstrait. Chanter, c'est s'harmoniser avec l'univers, le laisser faire son œuvre. Chanter, c'est réveiller le Soleil, c'est devenir lumière. Chanter...

Je sens qu'il n'y aura aucune conclusion à ce texte. Alors, je conclus. Maintenant!