Objet : Généralisation et malaise
Salut [nom de l'enseignante],
Je ne voulais pas faire un débat en classe, alors je t'écris ici. Ce message pourrait s'adresser à un paquet de gens, mais tu as l'immense privilège que je m'adresse à toi en particulier et ce, en tout respect. Ça fait trop de fois que je ravale et maintenant il faut que ça sorte.
Sache que je t'apprécie beaucoup comme enseignante, que je sais que ce n'était pas ton intention de mettre quelqu'un mal à l'aise et qu'il est actuellement bien vu en général de porter un jugement défavorable face aux manifestants s'opposant à la vaccination obligatoire, mais il serait faux de dire que je n'ai pas été blessée par tes propos. J'ai le rêve que les divergences d'opinion à ce sujet soient de plus en plus admises et que le fait de se questionner et de faire un choix "marginal" quant au vaccin cesse d'être perçu comme un signe de "moronisme" ou pire encore, une menace sanitaire et démocratique. Aussi, de résumer le conflit actuel en opposition "pro-vax" vs "anti-vax" est un dangereux raccourci. On peut, oui, parler de vaccinés et de non-vaccinés, mais non-vacciné n'est PAS un synonyme d'"anti-vax" ou "moron", pas plus que vacciné veut dire "pro-vax" ou "intelligent". Bien des gens l'ont fait sous la contrainte, il ne faut pas l'oublier. Personne ne pourra me convaincre que tous les gens qui sont allés manifester à Ottawa sont des morons, de même qu'ils sont loin d'être tous "anti-vax", comme les médias se plaisent à le dire. J'avais très envie d'y aller moi-même. Tu comprendras ici que j'ai choisi de ne pas me faire vacciner et que je ne pense pas manquer d'intelligence. Mes arguments sont beaucoup plus étoffés que "Fuck Legault" ou "Fuck Trudeau", ces dirigeants appliquant malgré tout, selon moi, certaines mesures ségrégationistes et pas du tout sanitaires. Je ne m'oppose pas au vaccin ou aux vaccinés, je suis POUR le droit au consentement, au libre choix, et contre le passeport vaccinal, comme la majorité des personnes qui militent en ce moment, bien que pour beaucoup, cela reste fort maladroitement exprimé, j'en conviens. Oui certains veulent la destitution ou même la mort de nos premiers ministres, mais il y a souvent là-dedans un fort sentiment d'abandon qui date de bien avant la pandémie et avec raisons (l'écart entre les classes sociales, tu connais? 😉). Le conflit actuel est quasi religieux, en ce sens que des deux côtés (il y a beaucoup plus que deux positions, mais pour alléger le texte, disons que c'est ça), les convictions et arguments reposent davantage sur des croyances en ce qui reste des hypothèses non prouvées que des faits. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que l'humain déteste vivre dans l'incertitude. Alors on offre des certitudes aux gens, certitudes auxquels ils adhèrent ou pas. Chacun "se range d'un côté" et s'appuie sur ce qu'il perçoit être la vérité. Mais la vérité, c'est qu'il n'y en a pas qu'une seule pour tous et ça c'est inconfortable. Et cette multitude de vérités se situe quelque part au coeur du conflit et de la tension sociale ayant cours. Je ne comprends pas pourquoi on démonise automatiquement les journalistes qui s'expriment en dehors du consensus et qu'on permet, que dis-je, qu'on encourage des démagogues à cracher leur venin sur un groupe de personnes incomprises et sans mauvaises intentions. J'ai choisi de ne pas me faire injecter tout simplement parce que je ne me sentais pas concernée par ce vaccin (mais je me prépare mentalement depuis cet été à faire de la prison pour ce choix). J'ai eu la COVID aux fêtes comme une vaste majorité d'individus, vaccinés ou pas, et non je ne suis pas allée à l'hôpital, pas plus que mes amis vaccinés qui l'ont eue et qui ont eu plus ou moins les mêmes symptômes que moi. Je sais, l'échantillonage n'est pas assez varié, tu me diras, mais tout de même. J'ai aussi eu la varicelle quand j'étais petite et j'ai eu H1N1 en 2010. Je n'ai pas plus besoin de ces vaccins. Je ne me fais jamais vacciner contre la grippe non plus et je ne reçois pas de menaces de la part de la santé publique à ce sujet. Mais revenons à la COVID. Sachant que j'ai eu la maladie et que je suis immunisée pour ce qui semble être environ 6 mois, je ne vois pas l'intérêt de recevoir le vaccin maintenant, d'autant plus qu'il n'empêche ni de contracter la maladie, ni de la transmettre, qu'il est adapté à un variant n'existant déjà plus et que, épidémiologiquement parlant, les nouveaux variants (on le voit avec Omicron) sont et seront en principe de moins en moins dangereux. Finalement, oui je considère que c'est une atteinte à la liberté, quoi qu'en pensent les bien pensants, que d'empêcher une personne en bonne santé de fréquenter certains lieux sous prétexte de statut vaccinal (ce qui a toujours été confidentiel pour tous à ce jour, à l'exception des travailleurs de la santé) et que cette personne a simplement exercé son droit au consentement et sa liberté de choix, tel que le prescrit la loi sur la santé et les services sociaux, surtout que les fameux détenteurs du fameux passeport peuvent être asymptomatiquement contagieux et fréquenter ces mêmes lieux.
J'aurais beaucoup plus à dire, mais je vais m'arrêter ici. Je ne vais pas régler un problème de société en m'adressant à toi, je sais, mais j'ose espérer que j'aurai planté une petite graine et que tu sauras m'apprécier malgré le fait que nous ne partageons pas le même point de vue. Ce que je souhaite plus que tout, c'est que le dialogue et les esprits s'ouvrent un peu plus pour laisser place à l'harmonie et la paix.
Ouf, ça fait du bien.
Merci de m'avoir lue.
Sans rancune aucune,
Élisabeth
5 février 2022

