C'est quand je n'ai pas de plan que je suis le plus productive. Mais serais-je vivable pour quelqu'un d'autre? Serais-je la même avec quelqu'un à mes côtés? Me sentirais-je brimée? Plus libre? Est-ce acceptable de commencer le ménage à 11h le matin et se dire à 22h qu'on va terminer demain?
Je me réveille vers 10h45 avec mon corps de petite vieille qui a mal au dos. Aussi, j'étouffe. Une nouvelle affaire, ça, depuis quelques jours, accompagné d'un petit maudit mal de gorge fatiguant. Ouch.
Pourquoi la vie?
En tout cas, j'ai dû rêver à M. Net, parce que j'ai une méchante envie de balayer. Go, on balaye. Ah bin, ça doit faire au moins six mois que je n'ai pas lavé le plancher. Go, on lave le plancher. Pendant ce temps-là, je vais laver les tapis, ils doivent avoir six mois de saleté accumulée eux aussi. Ah et puis, question de rentabiliser mon temps, je prépare mon eau de vaisselle parce que ça fait deux semaines que mon château de chaudrons est sur le bord de tomber. D'ailleurs, il y en a un bout qui est tombé par terre hier. Une chance que l'acier inoxydable, ça n'éclate pas en morceaux.
Mais là, il faut que je mette de la musique. Mais là, je pense que je dois vérifier quelque chose dans mon compte bancaire. J'allume l'ordi. Je pars un CD. Oui, j'achète encore des CDs. Bon.
Ordinateur=internet. Internet= Face de bouc. Face de bouc=on le sait quand on commence, mais on ne sait jamais quand ça va finir. Je vais quand même voir mon compte bancaire. Maudit gouvernement du Canada. En tout cas...
Le plancher est propre. L'eau de vaisselle est frette. Je la change. J'étends mes tapis dehors, oui, c'est le printemps, yé. Je toc-toc-toc encore. Oui, parce que j'avais toqué plus tôt, entre le plancher, le lavage de tapis et Face de bouc. Je n'avais pas prévu prendre de douche, mais je n'ai plus le choix... 14h. Oups, je dois manger, hein? Je mange. Trop. Douche. Toc-toc-toc. Re-douche. Mal de coeur. Tannée. Je pars un autre lavage.
16h. Il faut que je sorte dehors pour voir le beau soleil qu'aujourd'hui nous a apporté. Joignons l'utile à l'agréable, je vais faire mes petites commissions en même temps. Commissions faites, je marche. Je n'arrête pas de changer l'itinéraire dans ma tête. Faites-vous ça, vous-autres, quand vous prenez des marches? Bref, je me ramasse sur le bord du fleu', couchée sur le dos sur une table à pique-nique et je regarde passer les avions, les mouettes, mes corps flottants et les satellites. Je braille comme un bébé. Je ne sais pas pourquoi. Le soleil descend, je prends le chemin du retour. Yark, plein de monde partout, ça m'énerve. Je fais le petit bout d'épicerie que je n'avais pas fait et je rentre.
Lavage dans la sécheuse. J'en pars un dernier. L'eau de vaisselle est encore frette, évidemment. Je range mon rapport d'impôt qui traîne sur la table depuis trois semaines. En le mettant avec ceux des 15 dernières années(pas capable de les jeter), je compare mon écriture d'une année à l'autre. Eh bin, ça n'a pas vraiment changé, coudonc. Comme quoi, il existe une stabilité dans l'instabilité. Je fais la vaisselle, mais je manque d'eau chaude. Je vais la finir demain. 22h. J'étends mon linge sur mon nouveau séchoir à linge d'intérieur. Je reclasse mes reçus de 2015. Je ressors un vieux poème que j'ai écrit pour mon cours de poésie au CÉGEP qui traîne dans la même boîte:
Bête pensante
Douleur.
Je dis: douleur.
Je dis: douleur incommensurable.
Ce désert m'inonde de chagrin.
D'ici-bas je suis absente;
Une confortable décadence
Peuplée d'illusions aliénantes
Me ralliera au troupeau
Trompé par son bonheur raisonnable.
Je dis: douleur homicide,
Sachant trop qu'impossible ma fuite sera
Autrement que par le trépas.
Je dis: douleur enflammée.
De ta tendresse ma lucidité
N'est plus éradiquée,
Mais la souffrance farde d'ivresse les mal-aimés.
Abandonnée, moi, point assez humaine;
M'a suicidée mon infâme bohême.
(2001)
Plus ça change, plus c'est pareil. Je n'ai toujours pas de diplôme, mais je suis toujours en vie et j'ai une job qui me permet d'être un peu plus moi-même. C'est toujours ça de pris, comme dirait Jean Leloup.
C'est tout ce que j'avais à dire.
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