samedi 14 février 2015

Se lever tôt pour une fois, mais malgré tout arriver une demi-heure en retard au boulot, anéantie, affamée, en colère, déprimée.

Je pensais faire un texte pour chaque ligne de mon premier texte, mais voilà que le deuxième couvre assez bien les trois premières. Et comme je change constamment d'idée, le troisième est complètement hors suite, d'où son titre. Voici donc un matin.

Je me suis encore couchée trop tard hier. Le radio-réveil sonne, 6h55. En fait, il est 6h40, mais comme je suis une retardataire chronique, toutes mes horloges sont en avance, mais pas à la même heure, sauf mon téléphone, parce qu'il faut bien garder contact avec la "réalité" (mais surtout, je ne sais pas comment la changer), ce qui finalement me confond davantage que ne m'aide. Bref, il est 6h55/6h40, mais je ne suis pas certaine, est-ce 15 ou 20 minutes que je lui ai rajouté? La chose la plus drôle, c'est que l'heure sur mon micro-onde n'avance pas au même rythme que l'heure du four. Est-ce le micro-onde qui est trop lent ou le four qui est trop rapide? Tant de questions qui me dévient de mon objectif premier, me lever. Et pourquoi pas un snooze, rien qu'un? Parce que "rien qu'un" n'existe pas et pas seulement en matière de snooze... Psst, c'est là que mon récit devient fictif--je snooze toujours. Je vais donc faire changement aujourd'hui et respecter le "pas du tout" que je m'étais prescrit. Malgré l'angoisse, le long questionnement matinal quotidien (incluant "Quel jour on est?", "Où dois-je me rendre ce matin et à quelle heure(car chaque jour a son horaire respectif, qui change parfois d'une semaine à l'autre--et ne me dites pas de l'inscrire à mon agenda, ça ne fonctionne pas mieux)?", "Non, mais attends, c'est ti la fin de semaine?") et ses réponses, le mal de dos, de cou, de pieds et de genou (droit) incessant, l'espoir que la douche me lavera de tout ça me fait sortir du lit.

Commence alors le vrai défi. Techniquement, j'ai le temps de tout faire et d'être à l'heure,  il s'agit de rester focusée (je viens d'apprendre, grâce au correcteur intégré qui m'a souligné en rouge ce mot, que le verbe "focuser" est une faute lexicale venant de l'anglais "to focus on" et devrait plutôt être remplacé par focaliser, centrer, axer, concentrer, insister ou porter son attention sur), pardon, il s'agit de rester... je choisis... concentrée. Concentre-toi Éli. Concentre-toi. Je rince mes pousses (pas que je veuille insister là-dessus, mais il faut le faire deux fois par jour en principe). Je remplis un chaudron d'eau (filtrée) et de quelques morceaux de Chaga (un champignon d'Amérique du sud qui, si je ne me méprends, a un pouvoir anti-oxydant supérieur à tout, est un anti-cancer--et plus--qui maintient l'éveil, le calme et la concentration... pas certaine que ça fonctionne dans mon cas, mais bon) que je mets à frétiller (pas bouillir non non) pour la prochaine demi-heure. Ça donne un breuvage qui se rapproche de la consistance du café, mais sans effet secondaire (du genre tremblement, étourdissement, vertige, mal de tête) et avec plus de propriétés nutritives, accompagné d'une saveur surprenamment (un autre mot usuel techniquement fautif, mais attesté au (Ô) Canada--je choisis de le conserver) bonne. Je remplis d'eau mon pichet filtreur. Je vais à la toilette. DANGER! Ma salle de bain est dans un autre espace-temps, je crois, car j'y passe toujours plus de temps que je ne le perçois. Est-ce le fruit du hasard ou celui d'une obsession-compulsion envahissante? Seuls les extra-terrestres pourront répondre. Par je ne sais trop quel subterfuge (je vous épargne les détails ici, vous en avez eu assez dans "Entrer aux toilettes..."), l'horloge (la même que j'ai regardée avant d'entrer) a avancé d'une demi-heure, comme ça. J'ai été projetée dans le futur, je ne vois pas d'autre explication.

Je commence à être très pressée. Pas de douche prise, pas de repas non plus. Je ne sais même pas comment je vais m'habiller. Il me reste, quoi(!?), vingt minutes avant de mettre le pied dans la porte. Courage. Des fois que j'y parviendrais... Ok, je saute sous la douche, qui s'en veut une courte, mais (encore ici je vous épargne les détails du scan corporel complet avec vérification et revérification et du nettoyage minutieux de chaque millimètre de mon corps jusqu'à la brûlure) qui me vole une autre demi-heure. Je sors, je me sèche, je re-re-revérifie l'état de mon visage, mon dos, mon chakra Muladhara, mes cheveux... C'est long, miroir, pourquoi tu me gardes toujours si près de toi? Il y a pourtant une partie de moi qui s'en fout et trouve ça complètement ridicule d'accorder autant d'importance à l'apparence. Mon boss, en plus, préférerait beaucoup plus me voir arriver mal arrangée et à l'heure que cute et en retard et ça c'est SI il fait vraiment la différence entre une Éli arrangée et une Éli en pyjama, no offense Saïmönne, mais c'est plus fort que moi. Pour aller plus vite, je remets le même kit que la veille, mais je change les boucles d'oreilles et les lunettes pour une illusion parfaite. Dans un pot à yogourt vide, je transvide une portion de salade (que je prépare toujours d'avance pour 3-4 jours, constituée de laitue, roquette, épinards, céleri, concombre, avocat, pousses), à laquelle j'ajoute un oeuf à la coque (fait d'avance également), des graines de chanvres et de tournesol crues, de l'huile d'olive, du sel et du poivre. Je range ladite salade dans mon sac à dos, je verse du Chaga dans une tasse isolante que je mets également dans mon sac, sans oublier ma gourde remplie d'eau [filtrée]. Je suis épouvantablement en retard, quelle horreur, et je me rappelle à cet instant que je ne me suis ni brossé les dents, ni coiffée. J'exécute. Ça frise le ridicule, un retard pareil, et pourtant ça se répète encore et encore. Ce n'est plus seulement gênant, c'est aberrant, inexcusable. Je m'en veux, je suis en colère. J'en veux à la planète entière.

Quand je sors de chez moi, il est déjà l'heure à laquelle j'aurais dû arriver, tout pour me mettre un sourire sur la figure. Qu'il y en ait un, pour voir, qui ose me regarder, il sera foudroyé sur-le-champ par mon regard. Je me rends à l'arrêt de bus. Celui que je dois prendre passe juste comme j'arrive au coin et, malgré mes signaux désespérés à cause du feu de circulation interminable (dans "interminable", il y a le mot "minable", ce que je me dis à ce moment-là du chauffeur dudit bus), ne s'arrête pas. Je devrai attendre un autre 10 minutes dans le froid sibérien. Je patiente donc. Pour passer le temps et me divertir, comme je dois accepter mon terrible retard et mon impuissance face à celui-ci, je mets de la musique dans mes oreilles. Play. Douleur!! J'avais oublié de baisser le son, je viens de recevoir deux coups de marteau simultanés de chaque côté du crâne. Stop. Prise deux. La musique berce mon attente et me transporte dans l'univers de la beauté et du bonheur, mais seulement un bref instant, car mon autobus (MON autobus) arrive. Pas de chance, il est bondé de populace. Je dois me trouver un siège pour pouvoir manger mon déjeûner. Non vraiment, c'est le boutte d'la marde. Je ne peux pas manger. Trop de monde. Prends ton mal en patience Éli, il y a pire que ça dans la vie. Théoriquement, c'est de ta faute Éli, puisque ce n'est pas dans ce bus-là que tu aurais dû être, ni dans le précédent d'ailleurs. Respire. Calme-toi. Laisse-toi remplir de musique. Oublie ce qui t'entoure. Oublie ce qui t'oppresse, la colère, la honte, le ressentiment. Tu ne peux pas changer la réalité. Accepte-la. Fais confiance.

J'arrive au-delà de la demi-heure "acceptable" de retard, anéantie, affamée, irritée et irritable, déprimée. Plein de gens attendent. Oublie la faim Éli, ce n'est plus envisageable de manger avant deux heures. Je me mets à l'ouvrage. La "vraie" journée commence. Ça va mieux. On me sourit. Moi aussi. La vie est belle. Voilà.

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